Oxfam America

Au-delà du ‘Band Aid’: Oxfam demande un changement radical de l’aide alimentaire

Briefing Paper

Publié: 10.2009

» Téléchargez cette publication (PDF, 139.6 kB)


Résumé de la publication

Oxfam a lancé le 22 octobre un appel pour un changement radical dans la façon de réagir aux crises alimentaires mondiales en Ethiopie et ailleurs. L’agence a critiqué ce qu’elle appelle une «réaction reflexe» aux crises alimentaires, principalement l’envoi de nourriture. Oxfam reconnaît que cette approche sauve des vies mais, sa prévalence n’offre pas de solution à long terme qui pourrait rompre le cycle chronique de ces crises.

Dans un rapport intitulé Au-delà du ‘Band Aid’: Gestion des catastrophes en Éthiopie 25 ans après la famine, publié à l’occasion du 25ème anniversaire de la famine de 1984, Oxfam déclare que les donateurs internationaux doivent adopter une nouvelle approche aux crises humanitaires. Cette stratégie doit être centrée sur la préparation des communautés pour empêcher et faire face aux désastres tels que la famine avant qu’ils n’arrivent, plutôt que de dépendre de l’aide d’urgence à court terme sous forme de denrées alimentaires.

Il y a 25 ans l’Ethiopie a souffert l’une des pires famines de son histoire. Environ un million d’habitants en sont morts, et encore des millions ont souffert de faim extrême et de malnutrition. A l’heure actuelle des millions de personnes en Ethiopie et à travers l’Afrique de l’Est se trouvent devant un grand manque d’eau et de nourriture, suite à des années d’insuffisance de pluie.

Selon nos calculs, la sécheresse coûte à l’Ethiopie $1.1 milliard par an—presque plus que le montant total de l’assistance annuelle venant au pays de l’étranger. A présent, 70 pourcent de l’aide humanitaire à l’Ethiopie vient des Etats-Unis. Des $3.2 milliards d’assistance humanitaire donnés à l’Ethiopie depuis 1991, 94 pourcent a consisté d’aide alimentaire. Presque tous ces comestibles sont d’origine américaine plutôt qu’achetés localement ou régionalement. La plupart de l’aide alimentaire américaine est contrainte par des limitations législatives sur le transport et l’emballage, ce qui peut coûter aux contribuables jusqu’à $2 pour chaque dollar d’aide livrée.

Penny Lawrence, directrice internationale pour Oxfam qui revient d’une visite aux projets de l’agence en Ethiopie, a déclaré: «Nous ne pouvons pas faire venir la pluie, mais nous pouvons faire bien davantage pour rompre le cycle de désastre résultant de la sécheresse en Ethiopie et dans la Corne d’Afrique.

«L’assistance alimentaire offre un soulagement provisoire et a maintenu les gens en vie dans beaucoup de situations de crises, mais cela n’attaque pas les causes fondamentales qui rendent la population vulnérable au désastre une année après l’autre.

«Les donateurs doivent changer de stratégie, nous aider à donner aux communautés les outils pour agir avant même que les désastres ne frappent. La sécheresse ne signifie pas toujours la faim et la destitution. Si les communautés disposent d’irrigation pour les récoltes, des réserves de grains, et des puits pour capter les eaux de pluie, alors elles pourront survivre malgré ce que les éléments leur versent dessus».

Il est essentiel que les donateurs relèvent le défi en fournissant des fonds adéquats pour l’assistance d’urgence devant la crise de cette année. La réponse actuelle des donateurs internationaux est bien en-dessous des besoins énumérés par les gouvernements et les agences des Nations Unies. Mais Oxfam insiste, dans ce rapport, qu’il est également essentiel de faire davantage pour soutenir les programmes qui préviennent les risques de désastre avant qu’il n’arrive—tels que les systèmes d’avertissement; la création des stocks de nourriture, de médicaments et d’autres fournitures; et des programmes d’irrigation.

Par exemple, Oxfam construit en Somalie des birkhads, des puits protégés qui permettent aux communautés de «récolter» la pluie pendant la saison pluvieuse, afin d’assurer qu’il y aura de l’eau à proximité lors de la cessation des pluies. Ce genre de programme ne reçoit que 0.14 pourcent de l’aide étrangère. Et pourtant il s’agit, selon l’agence, d’une approche plus durable puisqu’elle est conçue pour contribuer au développement et à la sécurité des communautés dans les années à venir. Cette approche est aussi rentable: pour chaque dollar investi de cette façon, $2-$4 reviennent sous forme d’impacts de désastre évités ou réduits.

Cet appel aux donateurs pour une stratégie différente vient au moment où l’Ethiopie se trouve devant des menaces croissantes de catastrophes naturelles. Jusqu’en 2034, année du 50ème anniversaire de la famine de 1984, les scientifiques étudiant le climat préviennent que la sécheresse deviendra normale en Ethiopie, frappant la région trois années sur quatre. Il faut changer d’approche à l’aide pour empêcher que chaque impact du climat devienne un désastre qui poussera encore plus de personnes dans la pauvreté.

Penny Lawrence a ajouté: «Le changement climatique rend cette stratégie plus urgente que jamais. Les Ethiopiens sur les premières lignes du changement climatique ne peuvent pas attendre encore 25 ans pour que le bon sens soit traduit en bonnes pratiques.»