
Plus que sauver des vies, écouter la voix des survivants
Mise en place: 01 06 2009
Après le tsunami dévastateur de 2004, Oxfam a appris que les meilleures réponses étaient celles où les communautés avaient leur mot à dire
Le plus grand tremblement de terre jamais enregistré a provoqué un tsunami qui a ravagé les côtes de 12 pays, le 26 Décembre 2004. Cette catastrophe a fait près de 230.000 morts et disparus et des centaines de milliers de déplacés. Dans certaines régions du Sri Lanka—comme le village de Dutchbar—90 pourcent de la population a péri. Les pertes étaient lourdes.
Comme le rapporte un employé d’Oxfam, “J’ai rencontré des gens qui ont vu leurs enfants littéralement arrachés de leurs mains.”
Quelques heures seulement après le tremblement de terre, Oxfam a lancé sa plus grande intervention humanitaire de toute son histoire: un effort d’aide qui atteindra plus de deux millions de personnes dans sept pays et prendra en compte tous les aspects, allant de la satisfaction des besoins urgents en santé au soutien des femmes pour la défense de leurs droits.
Quatre ans plus tard, les survivants du tsunami reviennent de loin.
La générosité de millions de personnes à travers le monde a permis à des organisations comme Oxfam de concrétiser leurs efforts, non seulement pour aider les populations à s’en remettre mais aussi pour mieux reconstruire.
Quatre ans après, plusieurs communautés bénéficient à présent d’un meilleur approvisionnement en eau, de meilleures installations sanitaires, habitats, écoles, d’une meilleure alimentation et d’une augmentation de leurs revenus par rapport à l’avant-tsunami.
Les acquis n’ont pas été seulement d’ordre matériel. Les femmes—centre de tant d’attention de la plupart des agences d’aide—sont apparues en force comme leaders de leurs communautés. S’il y avait des doutes sur le potentiel des actions humanitaires à apporter un changement social positif, la réponse au tsunami devrait les dissiper.
L’une des plus précieuses contributions que les donateurs d’Oxfam aient pu apporter à la réponse au tsunami a été de soutenir un aspect important de l’action humanitaire, depuis toujours insuffisamment financé: la recherche, c’est-à-dire le rassemblement systématique des informations et idées de personnes touchées par une catastrophe, en vue d’y améliorer la réponse.
La recherche comme outil pour réfléchir localement
Lorsqu’une situation d’urgence se déclenche soudainement, les agences d’aide peuvent se déployer quasiment dans toutes les régions du monde et monter une intervention permettant de sauver des vies. Mais quand il s’agit d’élaborer des programmes à long terme, une connaissance générale des protocoles en vigueur en matière d’intervention d’urgence n’est pas suffisante.
L’histoire locale, la culture, la politique et l’environnement physique, et même les personnalités, jouent des rôles importants dans le résultat, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Et cela varie d’un pays à un autre, de région en région et de village en village.
Prendre le temps de comprendre le contexte local peut faire la différence entre une intervention humanitaire maladroite ou réussie, à court terme ou durable, discriminatoire ou inclusive et—sur le plan communautaire—donnant ou enlevant aux gens les moyens de se prendre en charge.
La recherche basée sur des discussions approfondies avec les membres de la communauté peut aider les travailleurs humanitaires à comprendre aussi bien les besoins et priorités des communautés que leurs forces ou défis. Cela peut également produire des résultats.
Mise en action de la recherche
“Lorsque les gens entendent le mot recherche, ils pensent tout de suite aux études universitaires et ne comprennent pas pourquoi Oxfam entreprendrait des recherches en pleine crise”, affirme Russell Miles d’Oxfam. Miles est le directeur du programme de recherche d’Oxfam international sur le tsunami, qui au cours des quatre dernières années a réalisé près de 20 études en Inde et au Sri-Lanka. Chacune de ces études visait à améliorer la réponse au tsunami ou à réduire le risque de catastrophes futures.
“Nos chercheurs ne se sont pas seulement contentés de publier des documents,” déclare Miles. “Ils ont fondé leur travail sur une méthodologie dénommée recherche-action participative, ce qui signifiait que la majeure partie de leur travail consistait à avoir un impact positif sur les communautés participantes.”
Une étude et une vidéo sur les conditions dans les abris temporaires en Inde, par exemple a conduit immédiatement au décaissement par le gouvernement de 1,4 millions de dollars pour la réparation de ces abris. Le résultat des recherches au Sri Lanka sur la réduction des risques de catastrophe était un projet de protection des membres des communautés au cas où un cyclone se déclencherait. Une étude sur les conditions pluviométriques dans les zones rurales en Inde, a eu pour résultat une augmentation de récolte pour des paysans locaux. Et des recherches sur l’industrie du coir (fibre de coco) au Sri Lanka ont influencé un programme d’Oxfam qui aide les fileurs de coir—qui sont pour la plupart des femmes—à doubler leurs revenus.
Voilà l’action dans la recherche-action participative.
L’élément participatif concerne l’engagement de la communauté. Les chercheurs font en sorte que tous les participants—même ceux avec une éducation limitée, ayant peu de poids dans leur communauté ou s’exprimant rarement en public—aient la chance d’être entendus.
Chercheurs locaux, nouvelles perspectives
Les instituts universitaires nationaux et locaux et les organisations non-gouvernementales partenaires—plutôt que le personnel d’Oxfam ou ses consultants—ont réalisé ces études. Les chercheurs locaux ont apporté leur sensibilité culturelle et un engagement de longue date sur les questions qu’ils étudiaient. Ils ont également contribué de nouvelles idées et perspectives.
Par exemple, après le tsunami, différents employés des services psychiatriques ont parcouru la région en administrant aux survivants tout ce qu’il y avait comme nouvelles thérapies et traitements à base de médicaments psychiatriques. Les programmes n’ont pas toujours reçu un accueil favorable. Une participante à la recherche les a taxé de “stupides, ridicules et inappropriés”.
Chamindra Weerackody, un chercheur qui a grandi en milieu rural au Sri Lanka, a essayé d’aller au cœur du problème: Les villages sri-lankais sont communautaristes, tandis que les thérapies occidentales sont exclusivement axées sur l’individuel. Il a alors élaboré une étude qui donnait la chance aux villageois d’expliquer ce qui à leur avis restaurerait la santé mentale des communautés dans leur ensemble. Leurs réponses variaient des plus évidentes—garantir leur gagne-pain et une maison digne du nom—aux moins concrètes, telles que vivre en harmonie avec ses voisins. En plus, elles variaient considérablement d’un village à un autre.
“Cette étude m’a permis de comprendre que la notion du bien être...changeait de temps à autre et d’un lieu à un autre”, affirme Weerackody. “La valeur de cette étude est qu’elle montre l’ampleur des différentes perceptions du bien-être.”
Comme bien de ces études, la recherche sur la santé mentale a des implications qui vont bien au-delà des conclusions immédiates. En se précipitant pour aider les communautés à se remettre de la catastrophe, les organismes humanitaires pourraient commettre l’erreur de supposer que nourriture plus eau plus habitat plus revenus égalent reconstruction et bien-être. Cependant, comme le fait ressortir Nanditha Hettitantri, directeur du programme de recherche au Sri Lanka, “si vivre en harmonie avec les voisins est la priorité numéro un de la communauté, il se pourrait alors que l’équité avec laquelle cette aide est octroyée soit beaucoup plus importante que les ‘choses’ que peut offrir une agence humanitaire. Nous devons faire attention.”
Les communautés doivent jouer un rôle plus important
Au fur et à mesure que les conclusions des diverses études arrivaient, un message provenant des communautés en a fait de même: Au cas où une nouvelle catastrophe surviendrait, les membres de la communauté voulaient la chance de jouer un rôle plus important et décisif dans les programmes conçus pour les aider.
Oxfam a compris que beaucoup de programmes conçus pour le tsunami auraient été plus efficaces et durables si les travailleurs humanitaires avaient pris le temps d’y associer la communauté à part entière au niveau de toutes les phases du travail, de la conception à l’évaluation finale.
La prochaine étape consistera à aider tout le monde, de ceux qui distribuent l’aide jusqu’aux bailleurs de fonds et les médias, à comprendre qu’une fois l’étape la plus critique, celle de vie-ou-mort, soit passée, les programmes les plus utiles et durables seront ceux qui prennent le temps d’inclure les priorités des communautés. Cela demande plus de recherches, lors d’urgences futures.
“La recherche-action participative n’est pas une notion tape-à-l’œil”, affirme Hari Krishna, directeur du programme de recherche d’Oxfam en Inde. “Cela ne fait pas la une des titres. Mais elle offre aux communautés la chance de nous dire ce qu’elles veulent et pensent et ce qui les préoccupe le plus, ce qui est le point de départ de tout programme qui répond vraiment aux besoins de la communauté.”
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