L’ONU doit prendre en charge le Sommet sur l’alimentation
16 11 2009
Des réformes dans la gouvernance des programmes réduiraient le grand nombre de personnes mortes de faim
Les Nations Unies pourraient réduire le chiffre mondial des morts causées par la faim—24,000 par jour—si les pays se mettraient d’accord pour coordonner toutes les initiatives de lutte contre la faim.
Oxfam International, dans un nouveau rapport intitulé Aide à l’agriculture: des promesses aux réalités de terrain dit que le Sommet mondial sur l’alimentation qui commence le 16 novembre à Rome, pourraient réparer l’effort fragmenté qui n’arrive pas actuellement à réduire la faim. Des morts attribuables à la faim, 70 pourcent sont des enfants.
«Réformer la gouvernance de l’alimentation constituerait une grande victoire pour ce Sommet» a dit l’auteur du rapport Chris Leather. «Le Comité pour la sécurité alimentaire (CSA) de l’ONU doit avoir le pouvoir de coordonner les efforts pour lutter contre la faim. Sans cela, toutes les initiatives différentes ne font pas un tout qui serait efficace, cohérente et responsable».
Deux grands obstacles
Il y a pourtant deux grands obstacles à l’unité. Dans ce qu’Oxfam appelle une «déréliction du devoir», aucun chef des pays G8 n’assiste au Sommet, sauf celui du pays d’accueil.
«Leur indifférence fait un grand souci, puisque plus qu’un milliard de personnes sont actuellement mal nourries et des millions en plus sont exposées aux changements climatiques nuisibles ainsi qu’à la volatilité des prix des denrées alimentaires. Les pays en développement ne doivent pas être laissés seuls au Sommet pour y faire face», a dit Leather.
L’autre problème c’est que certains pays-clés—y compris les Etats-Unis et l’Espagne qui augmentent considérablement leurs dépenses en aide à l’agriculture, après une diminution pendant 30 ans—semblent disposés à voir la Banque Mondiale, plutôt que les Nations Unies, gérer une partie de l’argent engagé aux sommet des G8.
Auparavant, la Banque Mondiale a fait dépendre ses prêts d’une libéralisation des politiques économiques des pays en développement, ce qui force la privatisation et l’ouverture des marchés. Oxfam craint que les fonds d’assistance agricole ne seraient gérés de la même manière.
En plus, les pays en développement et la société civile ne sont pas inclus dans le comité de gouvernance proposé pour le fonds de la Banque Mondiale—mais ils le seraient dans un CSA réformé de l’ONU.
L’argent seul ne suffit pas
L’argent seul ne suffira pas pour résoudre le problème. Oxfam dit que les pays en développement doivent pouvoir poursuivre les politiques nécessaires pour aider spécifiquement les cultivateurs pauvres et accepter la responsabilité pour leurs actions.
«Le résultat de ce Sommet est très important», dit Leather. «Les leaders doivent être d’accord pour que l’argent soutienne des politiques et programmes utiles, et pour que les pays en développement ainsi que la société civile puissent intervenir dans les décisions concernant son allocation. Un CSA réformé doit diriger l’éloignement d’un système qui sert d’abord les intérêts des pays riches et qui a échoué dans sa mission de réduction de la faim».
Des platitudes anciennes réchauffées
La déclaration du 10 novembre sur l’aide agricole ne dit que peu de neuf. Tout en endossant la stratégie, les 192 pays participants ne se sont pas engagés à donner les $44 milliards par an que l’Organisation alimentaire et agricole de l’ONU déclare nécessaires pour l’assistance à l’agriculture. Entretemps, la promesse des G8, $20 milliards pour la lutte contre la faim, semble largement exagérée. L’argent nouveau n’est que l’équivalent d’un versement unique de $3 U.S. pour chaque personne affamée—à peine suffisant pour un seul repas chaud.
«Cette déclaration n’est qu’une nouvelle mouture de vieilles platitudes», a dit Francisco Sarmento, coordinateur des droits alimentaires pour ActionAid. «Elle dit qu’on réduira la faim de moitié jusqu’en 2015 mais n’engage aucunes nouvelles ressources pour accomplir ce but, ni fournit aucun mécanisme pour tenir les gouvernements responsables au Comité pour la sécurité alimentaire de l’ONU. Malheureusement, les pauvres ne peuvent pas manger des promesses.
«ActionAid apprécie la présence du pape Bénédicte XVI au Sommet mais, franchement, il doit prier pour un miracle, que les G8 arrivent à trouver $3 milliards d’argent nouveau pour résoudre le problème mondial de la faim», poursuit Sarmento. «C’est moins que les profits de $3.2 milliards annoncés par la société d’investissement Goldman Sachs la veille de la Journée mondiale de l’alimentation».
Porte-parole d’Oxfam Frédéric Mousseau ajoute, «Actuellement beaucoup de pays riches semblent vouloir essayer d’augmenter la production alimentaire en poussant simplement les cultivateurs vers une plus grande utilisation d’engrais chimiques et de nouvelles technologies, surtout en Afrique. Cela pourrait aider certains cultivateurs pauvres à court terme mais, ce n’est pas la solution aux problèmes structuraux derrière la faim mondiale. Ce n’est pas soutenable. Cela fait condamner le monde en développement à un avenir de crises alimentaires répétées et à la dégradation environnementale augmentée».
L’indifférence du Sommet aux groupes vulnérables
«Nous avons besoin plutôt de plus d’investissement dans des politiques, institutions, services et formations améliorés pour encourager l’agriculture soutenable et adaptée aux environnements locaux agro-écologiques», a dit Mousseau. «Les petits cultivateurs, des femmes pour la plupart, se trouvent en première ligne de combat mondial contre la pauvreté, la faim et le changement climatique. Nous ne devons pas continuer à les passer sous silence».
Le Sommet ne tient pas compte non plus d’autres groupes vulnérables tels que les cultivateurs sans terres et les pauvres des villes qui ont désespérément besoin de protection sociale et de soutien à long terme pour leur assurer les moyens de vivre, comme alternative à l’assistance alimentaire à court terme.
«Les pays riches ne montrent pas assez d’intérêt ni d’urgence», continue Mousseau. «Au G8 en Italie cet été ils ont promis $20 milliards pour l’assistance agricole sur trois ans, alors ils croient qu’ils ont fait assez. Il n’en est rien—et ces $20 milliards sont un mirage. Moins que le quart de cette somme est constitué d’argent frais. Les Nations Unies disent qu’on a besoin de $25-$40 milliards de dépenses publiques chaque année rien que pour faire du progrès vers l’accomplissement du premier Objectif du millénaire de développement: réduire la faim par moitié jusqu’en 2015».
Ce qu’il faut faire
Les pays en développement doivent jouer un rôle plus important au Sommet, en s’engageant à dépenser 10 pourcent de leurs budgets agricoles et à concentrer leurs projets pour atteindre les pauvres et les affamés.
Selon Oxfam et ActionAid, le Sommet mondial alimentaire de l’ONU doit au minimum:
- Appuyer et financer à l’ONU un Comité réformé sur la sécurité alimentaire mondiale comme le plateforme central haut-niveau pour la sécurité alimentaire;
- Augmenter le soutien public pour la production soutenable par les petits agriculteurs, ainsi que la protection sociale dans les pays en développement, afin de lutter contre la pauvreté et la faim et construire la résistance aux changements climatiques nocifs;
- S’accorder pour appliquer $40 milliards par an au sauvetage de l’Objectif millénaire de développement, réduire par moitié la faim mondiale, en dirigeant cet argent à des engagements spécifiques envers chaque pays, avec des projets et ressources pour la sécurité alimentaire et pour un développement rural concentré sur les petits agriculteurs.