Oxfam America

Faim: Ces femmes cultivent des solutions

10 11 2009

Des petites entreprises au Mali montrent la voie pour prévenir la disette en faisant des économies


Fanta Niambaley met sa clé dans la serrure d’un petit entrepôt. Quand la porte s’ouvre, la lumière d’hiver illumine une espace sans fenêtres. Dans l’ombre on aperçoit des sacs de millet, un produit locale. Il y en a 900 kilos que Niambaley et d’autres femmes de sa communauté ont achetés pour 19 cents le kilo.

Plus tard dans l’année, pendant la saison pluvieuse lorsque le grain manquera et le prix augmentera, selon Niambaley ce millet pourrait valoir 25 cents le kilo. Le vendre à ce prix-là rapporterait un profit de $55 U.S.

Les entrepôts de grain, ce n’est pas nouveau, mais celui-ci m’a allumé l’intérêt. L’année dernière nous avions entendu parler de la crise alimentaire dans le Sahel, où les prix étaient si élevés que des millions ont souffert n’ayant pas assez de nourriture. Et nous voilà le mois de mars suivant, et me voilà dans la compagnie de cette femme d’un certain âge, leader d’un groupe de femmes avec une solution de culture locale.

Après tous les débats de politique et les discussions dans la presse au sujet de la crise alimentaire, ces femmes ont investi dans des réserves de nourriture qu’elles peuvent manger ou bien vendre pour en profiter si les prix montent cet été.

«Nous sommes très fières de notre commerce, acheter et vendre des céréales» dit Niambaley, son visage rayonnant dans la lumière en dehors du petit entrepôt.

La (macro)économie de la faim

Fanta Niambaley et ses voisines étaient entourées de champs verts prometteurs de nourriture, en 2008. Mais, elles n’avaient pas de quoi tenir jusqu’à la récolte. Beaucoup de gens au Mali rural ont du mal à trouver de l’argent pour manger pendant l’été, lorsque les prix augmentent et la nourriture manque. Dans des communautés agricoles comme Banakoro, le village de Niambaley, les familles ont tout mis dans leurs champs pendant la saison de culture. L’année dernière c’était pire que d’habitude: les prix des grains sont montés en flèche, de 25 pourcent.

Chaque année pendant la saison pluvieuse, les prix montent parce que la demande augmente. Si les familles n’ont pas d’argent pour payer plus cher la nourriture, elles ne peuvent que manger moins. L’année dernière, la hausse de prix étant plus grande, on manquait encore davantage. Pour la plupart des gens les plus pauvres, qui doivent dépenser une grande partie de leurs revenus pour la nourriture, l’année 2008 a été dévastatrice. C’était une véritable crise alimentaire.

Une fois que les pluies commencent et les agriculteurs peuvent produire une bonne récolte de millet, maïs, arachides—ou peut-être de coton pour vendre contre l’argent comptant—ils doivent la vendre tout de suite, afin de payer la facture du médecin et les frais de scolarité, acheter des vêtements, et faire face aux autres coûts de la vie. Ils ne peuvent pas s’avancer.

Alors, à Banakoro, Niambaley et 24 autres femmes ont trouvé une stratégie pour faire face à ce problème millénaire. Membres d’un groupe appartenant au programme d’Oxfam Epargner Pour le Changement, elles ont mis ensemble leurs économies pour investir dans le millet.

Le moment venu pour vendre les stocks de grain, les besoins du groupe seront prioritaires. Mais si toutes les 25 membres ont assez de nourriture et d’argent pour subvenir à leurs propres besoins, le groupe pourrait voir et partager un profit appréciable: presque 32 pourcent sur l’investissement initial, soit $2 chacune—assez pour payer la visite d’un enfant à la clinique.

Un esprit fort d’entrepreneur

Les femmes rurales ont des idées commerciales mais elles manquent de capital. Les groupes d’Oxfam Epargner Pour le Changement répondent à un besoin important pour celles qui ont et l’énergie et la vision.

Salimata Mariko en est bon exemple. Elle emprunte de l’argent de son groupe EPC pour aller à la frontière ivoirienne pour acheter des ignames qu’elle vendra dans son village, Zantiebougou-Fata. Ensuite elle achète du millet avec ce qu’elle gagne. Elle va à la capitale, Bamako (trois heures en minibus) pour vendre le millet pour un meilleur prix qu’elle n’obtiendrait près du village.

Malgré le prix élevé de l’essence (une des raisons que la nourriture coûte cher), Mariko peut gagner un profit de $3 environ pour chaque sac de millet vendu à Bamako. Selon le nombre de sacs qu’elle peut transporter, elle dit qu’elle peut gagner entre $17 et $20 par voyage, en moyenne. Tout de suite après la récolte, elle peut faire deux voyages par semaine.

Son autre entreprise, c’est faire des beignets. Elle achète les haricots secs, les lave, en fait une pâte qu’elle frit dans une grande poêle sur feu ouvert au centre du village, près du puits. Mariko dit qu’elle emprunte environ $2 chaque mois pour acheter les haricots, l’huile et d’autres ingrédients dont elle fait cinq poêlées de beignets. En faisant cela deux fois par semaine, elle gagne environ $7.50 au cours d’un mois, après avoir repayé l’emprunt.

Salimata Mariko est membre du groupe EPC depuis 2007. Elle a encore trois enfants à l’école, ce qui lui coûte $1,25 par mois. L’année dernière elle n’a pas manqué de nourriture pendant la saison des pluies. Donc, elle ne s’est pas inquiétée cette année. Elle pourra même se permettre quelques petits luxes, des vêtements de fête pour ses enfants et peut-être un cadeau pour son mari.

«Mais, je ne dirai pas quoi, devant tous ces gens!» dit-elle en souriant.

Salimata-Mariko-beignets

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Salimata Mariko fait le commerce du millet et vend des beignets pour rembourser son emprunt et avoir à manger lorsque les prix de la nourriture augmentent.
photo: Rebecca Blackwell/Oxfam America
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Fanta-Niambaley-Mali

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Fanta Niambaley et son groupe Epargner Pour le Changement ont mis ensemble leurs économies pour investir dans le millet.
photo: Rebecca Blackwell/Oxfam America