Crise économique : 100 personnes par minute tombent dans la pauvreté
25 09 2009
Oxfam fait appel aux G20 pour une aide de $290 milliards pour alléger le fardeau des pays en développement
Les G20 doivent agir d’urgence pour protéger les pays pauvres de la crise économique, qui pousse 100 personnes par minute dans la pauvreté, a déclaré Oxfam le 24 septembre.
Les pays en développement à travers le monde luttent pour répondre à la récession qui continue à réduire les moyens de vivre, détruit des emplois, et a poussé le nombre mondiale des gens affamés au-dessus d’un milliard. La crise économique s’est présenté lorsque les pays pauvres avaient déjà mal à faire face aux prix élevés de l’alimentation, aux inondations, aux sécheresses et à la disette, liées au changement climatique.
Une analyse de données économiques conduite par Oxfam a trouvé que les gouvernements de l’Afrique au sud du Sahel s’appauvrissent de $70 milliards en plus cette année, résultat de la chute de l’économie globale. A la différence des pays riches, ils ne peuvent pas emprunter pour sortir des ennuis. Sans aide de l’extérieur, ces gouvernements auront de plus en plus de mal à répondre aux crises climatique, alimentaire et économique, et à éviter de couper leurs dépenses pour les écoles, les cliniques, et d’autres programmes contre la pauvreté.
Max Lawson, conseiller politique haut-niveau d’Oxfam, a dit : «Les poussées vertes de la remise économique ne sont pas arrivées jusqu’aux pays les plus pauvres, lesquels souffrent sévèrement dans cette chute globale. Dans le temps qu’il faut aux leaders des G20 pour avaler leur dîner ce soir, des milliers de personnes en plus seront poussées dans la pauvreté et obligées de survivre avec moins de $1,25 par jour.
«Mais, tout en nourrissant leurs propres économies d’un stimulant bien nécessaire, les G20 n’ont même pas fourni la moitié des $50 milliards de sauvetage promis aux pays pauvres au mois d’avril».
L’appel d’Oxfam
Oxfam fait appel pour une aide de $290 milliards pour alléger le fardeau des pays en développement, sans imposer aux contribuables ordinaires. L’ensemble comprend une «taxe de Tobin» sur les transactions en devises, un moratoire sur l’endettement, et une action plus sévère contre les paradis fiscaux.
Lawson a dit : «Les niveaux actuels de l’aide ne suffisent pas pour protéger le statu quo, encore moins réduire la pauvreté face à la crise économique, le changement climatique, et la hausse des prix d’alimentation.
«Les G20 ont une occasion de changer les mauvaises habitudes du passé et de trouver des nouvelles solutions aux problèmes que confrontent les gens pauvres. Imposer sur les banques qui ont contribué à la dépression globale une taxe sur les transactions en devises pourrait apporter $50 milliards pour aider ceux qui souffrent de la crise dont ils ne sont pas à l’origine. Il est temps que les banquiers paient un bonus aux pauvres du monde».
Oxfam appelle également aux leaders des G20 de tenir une promesse faite en juillet par le président Obama: livrer de nouveaux fonds pour aider les pays pauvres à faire face au changement climatique. Ces fonds sont essentiels pour rompre l’impasse dans les négociations en cours sur le climat menant vers le sommet de Copenhague en Décembre, où tout sera joué ou perdu. Oxfam calcule qu’on a besoin de $50 milliards par an pour aider les pays pauvres à faire face au changement climatique, et encore $100 milliards pour les aider à contrôler leurs émissions.
David Waskow, conseiller d’Oxfam sur le climat, a dit: «L’horloge avance sur la possibilité d’un accord juste pour empêcher la misère des millions de personnes menacées par le changement climatique. Il est temps que les leaders G20 se mettent debout et livrent l’argent qu’il faut pour protéger les gens pauvres».
Le compte des propositions d’Oxfam
Mettre en place une taxe sur les transactions en devises (TTD) d'au moins 0,005% sur les transactions en devises internationales. Selon les estimations, une telle taxe pourrait générer un minimum de 30 milliards de dollars par an si elle est appliquée aux quatre devises majeures qui constituent les réserves internationales (dollar, yen, euro et livre sterling).
Si d'autres devises sont aussi inclues, alors ce montant pourrait atteindre $50 milliards. Un taux d'imposition légèrement plus élevé pourrait aussi augmenter les ressources pour les frais des gouvernements des pays riches qui font face à des compressions budgétaires.
Transférer la moitié des nouvelles allocations de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) des pays riches. Passer un accord pour que tous les pays G8 et les autres grands bailleurs de fonds transfèrent au moins la moitié de leurs nouvelles allocations de DTS du Fonds monétaire international (FMI) aux pays à faible revenu. Les DTS sont comme une quasi-devise que le FMI distribue aux pays membres.
En avril, les G20 ont accepté de créer des DTS pour un montant de $285 milliards, dont $177 milliards destinés aux nations les plus riches. Oxfam lance un appel pour que la moitié de cette somme, soit $89 milliards, soit transférée aux pays les plus pauvres.
Résoudre la question des paradis fiscaux. Mettre en place un accord multilatéral pour l'échange automatique des informations fiscales, avec des comptes-rendus pour chaque pays sur les filiales, les ventes et les profits des multinationales, afin d’aider les pays en développement à récupérer leurs recettes fiscales. Cela pourrait permettre de libérer $160 milliards supplémentaires pour les pays pauvres, tout en permettant aux pays riches de récupérer les recettes fiscales qu'ils ont perdues.
L'initiative actuelle de l'OCDE sur les paradis fiscaux, soutenue par les G20, repose sur des accords bilatéraux entre pays. A ce jour, aucun pays en développement n'a signé d'accord bilatéral avec un paradis fiscal.
Moratoire sur les dettes. Oxfam demande l’annulation du remboursement des dettes en 2010, pour les pays à faibles revenues. Ces pays ne devraient pas non plus voir l’intérêt sur les dettes s’accumuler pendant cette période. Cela donnerait aux pays concernés environ $10 milliards (puisque le montant total du coût de l’endettement externe était, pour ces pays, $9.7 milliards en 2007, dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles). Ils pourraient alors investir cette somme dans des services dont ils ont fort besoin, ainsi que stimuler leurs économies.
Le moratoire doit être une démarche intérim vers l’annulation totale de l’endettement externe pour tous les pays à faibles revenues qui en ont besoin.
Promesse sur le climat. En parlant au sommet des G8 en Italie au mois de juillet, le président Obama a dit, « . . .nous nous sommes mis d’accord pour augmenter appréciablement les ressources financières pour aider les pays en développement…Nous avons demandé aux ministres des finances G20 de s’adresser aux questions de financement et de nous en faire le compte-rendu à la réunion G20 à Pittsburgh en automne».