Comment la microfinance peut-elle améliorer le statut des femmes?
10 06 2009
Epargner pour le Changement apprend aux participantes à démarrer dans les affaires avec leur propre argent
Durant deux jours, j’ai visité les groupes Epargner pour le Changement (EPC) implantés dans le sud du Mali. Le regard des femmes en dit long sur leur dignité et l’euphorie qu’elles éprouvent dès qu’elles commencent à parler de leurs affaires et de l’amélioration de leur situation familiale, grâce à l’argent qu’elles gagnent. La plupart peut dire que leurs enfants portent maintenant des vêtements décents et vont à l’école, et la famille mange mieux, tandis qu’elles continuent à épargner de l’argent.
Fanta Niambaly, 52 ans, est la présidente d’EPC à Banakoro, au sud du Mali. A l’en croire, les 29 femmes que compte son groupe sont en train de changer de comportement au sein de leurs communautés.
«Nous sommes fières de nos affaires et nous apprenons à devenir des entrepreneures», dit-elle, en scrutant le soleil.
Quant aux femmes des autres villages, elles affirment qu’elles font désormais partie des conseils villageois et participent en tant que telles, aux prises de décisions importantes telles que l’entretien des puits et des nouvelles pompes.
Mais, les femmes prennent-elles des décisions au delà de leurs traditionnels rôles limités à la recherche d’eau et à la garde des enfants? Leurs maris respectent-ils leurs opinions dans les affaires familiales et villageoises? Peuvent-elles détenir des biens, être députés ou encore exécuter des tâches officielles?
Poser les bonnes questions
Je m’efforçais à poser les bonnes questions liées au rôle du genre, pas bien traduites du Français au Bambara (langue locale) et vice versa. Le fait d’être un étranger Blanc n’a probablement pas beaucoup aidé non plus.
On peut tout de même obtenir quelques indices si on est attentif: Certaines femmes affirment qu’elles n’ont jamais été habituées à parler en public comme elles le font maintenant, un concept important dans une culture où l’on dissuade les jeunes filles à être franches sous peine d’avoir des difficultés à trouver un mari.
J’essayais ensuite de savoir comment les femmes et les hommes prennent des décisions à la maison. Fanta Niambaly me dit que depuis qu’elle a été à la tête de son groupe, elle et son mari échangent régulièrement des idées avant toute prise de décisions.
«Avant, nous avions chacun des problèmes de compréhension», poursuit-elle.
Un autre moyen d’évaluer le statut des femmes est de poser la question aux hommes. Mais je craignais que les chefs et autres leaders traditionnels ne me disent que ce qu’ils pensaient que j’avais envie d'entendre. C’est pourquoi j’étais très surpris quand un nommé Daouda Mariko, maître coranique dans le village de Doumba, s’est approché de moi pour me témoigner de son admiration pour le groupe Epargner pour le Changement.
Mariko a dit que d’autres programmes ont, par le passé, encouragé les femmes à s’endetter d’une façon insoutenable. Il dit qu’Epargner pour le Changement a réglé le problème.
«Les femmes travaillent avec leur propre argent; elles savent d’où vient l’argent». Mieux, celui-ci déclare que «les femmes sont maintenant aussi entreprenantes que les hommes, elles sont plus créatives et même plus fortes».
Les chefs religieux n’encouragent pas toujours la promotion sociale de la femme dans cette partie du monde, alors les points de vue de celui-là m’ont donné de l’espoir.