Oxfam America

Re-inventer l’education a Aja

13 12 2005

Une approche innovante à la formation professionnelle est en train d’aider à créer des compétences essentielles chez les jeunes.


Par Chris Hufstader


AJA  veut révolutionner la tradition d’apprentissage de métier dans la société malienne. L’apprentissage  peut aider les stagiaires à renforcer leur capacité, mais le plus souvent il les laisse sans les moyens de voler de  leurs propres ailes. Ils peuvent souvent conclure  un accord (ou établir une relation) avec un  maître sans pour autant savoir lire, écrire, ou gérer une entreprise. « La plupart d’entre eux finissent au chômage », déclare Souleymane Sarr, le Directeur d’AJA. 

D’autres part, l’éducation formelle fournit des diplômés avec de bonnes connaissances théoriques mais sans aucune formation pratique (dans un métier) ou un savoir-faire nécessaire pour gérer une entreprise dans le secteur informel de l’économie malienne.  

Pour combler ces lacunes, Sarr et un petit groupe d’ AJA ont conçu un programme de formation professionnelle  innovateur pour jeunes chômeurs, constitués pour la majorité de déchets scolaires, issus de familles très  pauvres, qui se battent pour survivre de la rue.  En 1996, AJA a bénéficié d’une subvention auprès d’Oxfam America et a recruté un groupe mixte de 50 personnes. Il y avait des jeunes garçons et filles : certains avaient une formation technique  comme apprentis, d’autres une formation scolaire formelle ; certains pouvaient lire, d’autres étaient analphabètes.  

Ce premier groupe fut formé par les instructeurs d’AJA. Ainsi, ils ont appris à lire, à écrire et à compter ; et comment faire la recherche pour développer de nouvelles idées pour les services et produits . En travaillant en équipes, ils ont  développé des projets d’affaires, décidé des compétences nécessaires pour atteindre leurs objectifs, et d’exposer leurs idées au personnel d’AJA. 

Le groupe pilote a commencé par le séchage de la viande et la désinsectisation pour ensuite développer  une série de produits artisanaux  allant du savon, des produits cuits au four, des meubles, aux jouets (faits à base de matériaux  recyclés), et autres produits traditionnels en cuir tels que porte-crayons, classeurs et  porte-monnaie.

Après l’octroi de lignes de crédit à deux reprises  et cinq années d’assistance de la part d’Oxfam, AJA a pu former 1700 personnes et a pu se lancer dans des programmes de formation dans le travail du bois et du métal. Depuis 2001, plus de  2000 personnes ont pu bénéficier des programmes d’AJA.

Aujourd’hui, la formation dans le travail du métal concerne environ 40 étudiants pour  une durée de 18 mois, y compris trois (3) mois de stage en entreprise.  Ils fabriquent leurs propres outils et à leur sortie, ils sont prêts soit à prendre un travail à temps plein ou commencer leurs propres affaires avec un financement de l’AJA.  Le programme de travail du bois  forme environ 43 personnes par an et par session de trois mois chacune.

Selon Souleymane Sarr, 65% de leurs diplômés travaillent pour leur propre compte. "S’ils commencent à travailler à leur propre compte, ils ont tout juste besoin  d’un peu d’argent parce qu’ils ont leurs propres outils et peuvent devenir opérationnels  très rapidement," dit Sarr.

Les autres 35% des diplômés travaillent dans les entreprises ou pour l’Etat. "S’il veulent devenir des salariés,  ils ont la compétence professionnelle requise.  Avant de nous quitter, ils sont déjà formés pour travailler et mener une vie productive," déclare Sarr avec beaucoup de fierté. L’année dernière, la moitié des étudiants diplômés dans le travail du métal et du bois étaient embauchés par l’armée du Mali qui a un besoin pressant de personnes avec une qualification technique. 

Enseigner les Droits de l’Homme aux travailleurs

Au Mali, la valeur du travail dur est inculquée aux enfants dés leur bas age. Comme beaucoup d’enfants commencent l’apprentissage d’un métier dés l’âge de neuf ans, AJA fait un effort particulier pour aller chercher des jeunes qui travaillent comme apprentis. L’AJA  leur parle de la Convention des Nations Unies sur les Droits de l’Homme (CDH), qui protége les enfants  dans le monde du travail contre les dangers et l’exploitation (dans l’emploi), ou le travail qui risque de compromettre leur éducation scolaire. On leur parle aussi du VIH/SIDA et la manière de  veiller sur leur santé.

Programmes innovateurs 

Un aspect intéressant des programmes de l’AJA est son matériel didactique imprimé. Dans la mesure où beaucoup de stagiaires ont, soit échoué ou quitté l’école, ils ont des expériences différentes en matière d’éducation traditionnelle.  "Chacun d’entre eux a  une manière différente d’apprendre," déclare Sarr.  "Certains étudiants analphabètes trouvent les programmes faciles; pour d’autres c’est plus difficile.  C’est pourquoi nous avons développé des outils alternatifs."

Avec l’aide des participants au programme, AJA a mis au point des supports écrits qui ressemble plus à des bandes dessinées qu’à des livres de cours. Un de ces outils alternatifs est une  boite à images, une boite en bois  avec une ouverture par laquelle un stagiaire peut dérouler, cadre après cadre,  un papier grand format avec des textes illustrés.  AJA a aussi mis en place une valise du savoir, une petite mallette contenant des outils didactiques de base avec lesquels les formateurs peuvent enseigner à lire, aux apprentis et enfants de la rue qui ne peuvent pas fréquenter l’école de manière régulière. Chaque mallette est personnalisée pour alphabétiser dans un métier précis, telle que la maçonnerie ou la couture.

Les programmes d’AJA enseignent aux jeunes enfants la langue locale qu’est le bambara, et aux élèves les plus âgés le Français.  Cela permet une compréhension plus facile pour les plus jeunes qui suivent le programme, et au fur et à mesure qu’ils gagnent en maturité, leur capacité à traiter des affaires en Français les prépare pour des entreprises plus formelles.    

Pauvrete, education et emploi au Mali

Les conditions économiques  très difficiles au Mali et la forte croissance d’une jeune population urbaine expliquent le fait qu’AJA mette l’accent sur l’emploi.

Pauvreté : Le Mali est un pays pauvre.  Le revenu moyen par an pour ses 13 millions d’habitants est d’environ  300$, et les trois quarts de la population vivent avec environ un dollar par jour. 

Démographie : Selon les statistiques du Programme des Nations Unies pour le Développement, presque la moitié de la population du Mali en 2002 avait moins de 15 ans.  Il y a aussi un fort taux d’urbanisation. Aujourd’hui, environ  30% de la population du pays vit dans des villes, et le Programme des Nations Unies pour le Développement    s’attend à une augmentation de 40% à l’horizon 2015. 

Education:
L’éducation est essentielle pour trouver un emploi décent, mais beaucoup de familles  n’ont pas les moyens de payer la scolarité, les livres, habits et le coût du transport de leurs enfants. Ces obstacles à l’éducation ont produit des  taux d’alphabétisation faibles (environ 20% seulement des adultes peuvent lire, selon le PNUD). 

Réalités Economiques: Tout comme beaucoup d’autres pays en développement en Afrique de l’Ouest et ailleurs dans le monde, il y a des opportunités économiques limitées au Mali, en particulier pour les jeunes.  Il y a peu d’emplois formels avec un  salaire régulier et autres avantages.  Face à ce manque d’opportunité il est facile aux jeunes de perdre espoir.  Comme l’éducation formelle n’a aucune valeur et ne donne pas d’emplois formels, Ils quittent l’école. "Les gens sont plus préoccupées  par la survie que par l’école," déclare Baba Diarra, le chargé du programme de l’AJA.

Formation à un emploi : Traditionnellement, les jeunes qui cherchent à apprendre un métier deviennent des apprentis, entre les mains d’un maître.  Le bon apprentissage peut ouvrir des portes conduisant à de bonnes  opportunités mais il peut aussi être une forme d’exploitation, ou simplement enseigner des compétences de base    sans aucune formation en gestion.  Cela rend difficile la transition de l’apprentissage au démarrage du travail à leur propre compte.

Economie Informelle : Pour la majorité d’entre eux la seule option est de chercher  un emploi dans le secteur “informel”, un domaine dans lequel l’économie fonctionne en dehors des règles formels de l’Etat.  Le travail informel tend à être très entrepreuneurial. Les activités peuvent aller de la vente de nourriture dans la rue, au travail dans le bâtiment, en passant par beaucoup d’autres emplois. Les personnes qui ne manquent pas d’initiatives créatrices deviennent des artisans, fabricants  et vendent des meubles, bijoux et autres objets d’art. Il y a peu de programmes éducatifs qui préparent les jeunes à prospérer dans le secteur informel. Ils sont laissés sans aucune connaissance de base en matière d’affaires, telle que la manière d’établir un business plan, d’étudier les produits à vendre, savoir lancer leurs produits sur le marché et tenir la comptabilité.

bandes desinees

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AJA-Mali a mis au point des supports écrits sous forme de bande dessinée pour la formation des étudiants qui n’ont pas été alphabétisés.
photo: Nick Rabinowitz/Oxfam America
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